Photographie du nécéssaire pour développer ses pellicules : une cuve, des produits chimiques, des ciseaux, et un décapsuleur

Damien TROLARD

Le blog photo argentique

Tutoriel – Développer ses pellicules noir et blanc

Photographie du nécéssaire pour développer ses pellicules : une cuve, des produits chimiques, des ciseaux, et un décapsuleur

Tutoriel – Développer ses pellicules noir et blanc

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Développer ses propres pellicules argentiques est parfaitement faisable à la maison. Comme nous l’avons vu dans l’article « Quel procédé utiliser pour développer ses pellicules ? », développer des pellicules noir et blanc peut être fait à la maison très facilement.

C’est une pratique très accessible qui demande peu de matériel, et aucune compétence particulière. N’importe qui peut donc assez facilement développer ses propres pellicules noir et blanc à la maison. Et ça, c’est top quand on veut faire des économies, ou simplement quand on n’a pas un laboratoire argentique à proximité.

Le matériel

Du côté du matériel vous allez avoir besoin de produits chimiques, et de quelques outils. Vous pouvez trouver des Kits complets comme celui ci-dessous qui vous permettent d’avoir absolument tout le nécessaire pour développer vos pellicules.

Tous les outils peuvent être réutilisés à volonté, vous aurez simplement besoin de vous procurer de nouveaux produits chimiques une fois que vous aurez utilisé ceux fournis avec. En plus, tout ce matériel pourra vous resservir si vous souhaitez un jour développer des pellicules couleurs puisque ce sont simplement les produits utilisés qui changent.

Kit pour développement argentique noir et blanc

Autrement, il est aussi possible d’obtenir tout le nécessaire séparément, auquel cas vous aurez besoin de :

Des produits chimiques

En noir et blanc, nous avons besoin de 3 à 4 produits. Il nous faut un révélateur, d’un bain d’arrêt, d’un fixateur et, optionnellement, d’un agent mouillant. Tous ces produits peuvent être achetés ensemble dans un kit de chimies pour développement noir et blanc, mais les acheter séparément permet de faire plus d’économies (à condition de faire au moins une bonne dizaine de pellicules dans l’année).

Si vous souhaitez vraiment limiter les coûts, il est bon de noter que le bain d’arrêt peut être remplacé par de l’eau vinaigrée, et l’agent mouillant par du liquide vaisselle.

Une cuve de développement

Enfin, deuxième élément nécessaire, il vous faudra une cuve de développement argentique avec au moins une spire. Cette cuve permet de tremper la pellicule dans les différents produits dont nous avons besoin. Et ce, tout en la maintenant bien à l’abri de la lumière pour ne pas exposer le film par erreur ce qui pourrait détruire nos photographies.

Quelques outils supplémentaires

Enfin, vous aurez également besoin de quelques éléments dont la plupart sont trouvables dans vos tiroirs :

  • Une paire de ciseaux pour découper le film
  • Un décapsuleur ou un extracteur de film pour pouvoir récupérer le contenu de la pellicule.
    N’importe quel décapsuleur peut faire l’affaire.
  • Une paire de pinces de séchage pour pouvoir faire sécher la pellicule correctement.
    Ca peut être remplacé par des pinces à linge en dépannage même si c’est moins efficace.
  • Si vous utilisez des produits chimiques à diluer, vous allez aussi devoir vous munir d’éprouvettes graduées pour pouvoir mesurer les quantités précisément.

Le développement

Etape 1 – Se plonger dans le noir

Le premier point à effectuer, pour pouvoir développer ses photographies, est de sortir le contenu de la pellicule pour le mettre dans la cuve. Pour cela, nous aurons besoin d’être dans le noir complet. Comme votre pellicule est pour l’instant sensible à la lumière, il ne faut surtout pas l’exposer, sans ça, vous pouvez dire adieu à toutes vos photographies. Il faut donc se plonger dans le noir absolu, aucune source de lumière ne doit être présente.

Si ce n’est pas possible d’être dans le noir complet, il existe des manchons de chargement, il suffit de placer tout ce dont vous avez besoin dans le manchon. Une fois fermé, celui-ci est étanche à la lumière. Vous pourrez donc faire les manipulations même si vous êtes dans une pièce lumineuse.

Etape 2 – Récupérer le film

Avec un extracteur de film

Si vous utilisez un extracteur de film plutôt qu’un décapsuleur, vous pouvez récupérer le tout début de la pellicule à la lumière du jour grâce à celui-ci. Tant que vous ne tirez pas plus de 10cm de pellicule, vous n’aurez aucun soucis.

Grâce à cet outil, vous pouvez faire cette étape sans être dans le noir complet. Ca permet de grandement se faciliter la vie.

Avec un décapsuleur

Attention, avec un décapsuleur nous allons devoir ouvrir la pellicule entièrement. Les illustrations sont faites à la lumière à titre d’exemple, mais la manipulation doit se faire dans le noir complet pour ne pas détruire les images présentes sur la pellicule.

Si vous utilisez un décapsuleur, vous allez devoir ouvrir la pellicule entièrement. Munissez-vous de votre décapsuleur, et pliez l’un des côtés de la pellicule, il va alors se désolidariser.

Vous avez maintenant accès à votre film, prenez-le délicatement. Surtout laissez-le bien enroulé pour le moment, il est bien plus facile à manipuler ainsi. Sachez qu’à vue de nez, vous pouvez mettre vos doigts tout gras sur les 10 premiers centimètres de la pellicule sans soucis. C’est la partie perdue qui sert uniquement à la mise en place dans l’appareil. Si vous les mettez plus loin, pas de panique, mais essayez juste de toucher les bords plutôt que le centre pour éviter de l’abîmer ou d’y laisser des traces.

Découper l’amorce

Si vous avez utilisé un décapsuleur précédemment, faites bien attention de ne pas vous couper puisque vous allez devoir utiliser vos ciseaux dans le noir complet.

Les coins découpés d'une pellicule
Exemple d’une pellicule prête

On va venir découper l’amorce de la pellicule avec notre paire de ciseaux. L’amorce, est le tout début du film. Elle comporte une petite encoche qui peut grandement nous embêter par la suite, on va donc la retirer. Découpez également les coins maintenant formés de part et d’autre de la pellicule.

Cette forme lui permet d’être bien plus facile à mettre dans la spire dont nous allons parler juste après.

Etape 3 – La mise en spire

Nous allons placer notre pellicule sur la spire, cette étape doit se faire dans le noir complet.

Enrouler le film sur la spire

Spire paterson
Deux spires d’une cuve Paterson

Maintenant, il est temps de mettre le film sur une spire pour pouvoir l’insérer dans la cuve. C’est souvent la partie la plus complexe pour les débutants. Prenez votre temps et ne paniquez pas. Vous finirez par réussir même si ça vous demande plusieurs essais.

Sur une spire, il existe deux petites marques qui représentent l’endroit où faire entrer le bout de la pellicule. Placez le début de votre film sous ces deux marques et insérez là-dedans. A ce moment, deux billes vont la bloquer légèrement. Vous devez tirer sur votre film pour lui faire passer les billes, qui vont la maintenir en place.

Le début d'une pellicule est mis sur la spire

Le bout du film est maintenant en place. A ce moment, il ne reste plus qu’à faire des va-et-vient avec le côté de la spire pour faire rentrer la pellicule en entier. Il faut un peu de patience, ça peut être un petit peu compliqué les premières fois.

Tips de pro: gardez tout le temps un doigt sur les marques qui dessinent l’entrée de la spire, cela évite que la pellicule ne se mette de travers et ne se bloque à l’entrée de celle-ci. Si c’est complètement bloqué, ouvrez la spire en tournant assez fort l’un des côté et recommencez tranquillement.

Une fois que la pellicule est entièrement enroulée sur la spire, il ne reste plus qu’à découper avec les ciseaux le bout du film encore attaché à l’axe de la pellicule, et toutes mes félicitations, vous avez passé l’étape la plus compliquée !

Mettre la spire dans la cuve

Enfin, il faut placer la spire sur le tube prévu à cet effet, et placer le tout dans la cuve avant de refermer l’ensemble avec la sorte d’entonnoir de votre cuve. C’est lui qui va couper la pellicule de toute lumière extérieure. Vérifiez bien que l’entonnoir est correctement refermé, s’il a fait clic en le tournant et que vous ne pouvez pas le sortir de sa place tout est bon. A partir de là, vous pouvez rallumer la lumière, ça y est, vos photos sont à l’abri dans la cuve !

Maintenant que la pellicule est à l’abri dans la cuve, l’ensemble des étapes suivantes peuvent être effectuées à la lumière.

Etape 4 – Préparer les chimies

C’est le moment qui fait peur. On parle de choses inconnues et compliquées et pourtant c’est plutôt simple en fait, il suffit de suivre les instructions ! Les produits chimiques que vous allez utiliser sont soit, déjà tout prêts, soit à diluer. Dans tous les cas, il va falloir préparer la bonne quantité de chaque produit pour votre pellicule.

Prenez 3 bouteilles vides pour préparer vos produits. Dans la première, nous allons mettre le révélateur, dans la seconde le bain d’arrêt, et dans la dernière le fixateur. Pensez à noter sur chaque bouteille les noms de chacun pour éviter les erreurs, il ne faut surtout pas inverser les produits.

Quelle quantité préparer ?

La quantité de produit à préparer dépend de la taille de la cuve que vous utilisez. Dans mon cas, il est écrit en dessous de cette dernière les quantités devant être préparées pour chaque format de pellicule. Ma cuve m’indique, par exemple, d’utiliser 290mL de préparation pour une pellicule 35mm. Je dois donc préparer au moins 290mL de chaque produit. Et général on prévoit quand même une petite marge, j’arrondis donc à 300mL par sécurité.

Les dilutions

Si vous utilisez des chimies à diluer, les instructions pour préparer vos produits sont, en général, écrites sur les emballages de chacun d’entre eux. Elles sont aussi disponibles en version plus détaillées sur le site du fabricant. Cependant, désolé aux non-anglophones, les versions numériques sont souvent uniquement disponibles en anglais.

Les dilutions sont notées sous la forme 1+[un nombre]. Par exemple, un produit devant être dilué à 1+4, veut dire que pour 1 volume de produit on ajoute 4 volumes d’eau. Pour 300mL ça ferait donc 60mL de produit pour 240mL d’eau.

Le cas du bain d’arrêt au vinaigre

Si vous utilisez du vinaigre pour faire votre bain d’arrêt. Diluez simplement du vinaigre blanc dans de l’eau. 10 à 20% de vinaigre doivent largement suffire pour une voire même plusieurs pellicules. Certaines personnes font même des bains d’arrêt en utilisant uniquement de l’eau, ça peut être suffisant si vous ne réutilisez pas votre fixateur et que vous ne traînez pas entre les étapes de révélation et de fixation.

Etape 5 – Révélation, bain d’arrêt, fixation

Il est temps de passer la pellicule dans les 3 produits que nous venons de préparer. C’est ainsi qu’on va venir transformer notre pellicule argentique en négatif, insensible à la lumière.

Pour cette étape, munissez-vous d’un chronomètre. Il est nécessaire de mesurer le temps d’action de chaque produit.

N’ouvrez jamais votre cuve avant d’avoir terminé de passer la pellicule dans les 3 produits.
Ne jetez jamais aucun des produits utilisés lors du développement de vos pellicules dans les canalisations ou dans la nature, récupérez-les dans un bidon ou dans une bouteille et confiez les à votre déchetterie locale. A noter que le bain d’arrêt doit être stocké à part pour éviter la création de gaz en le mélangeant aux autre produits.

La révélation

Le premier produit à utiliser est le révélateur. Comme son nom l’indique plutôt bien, il permet de révéler l’image présente sur votre pellicule.

Avant d’utiliser votre révélateur, il faut connaître le temps de révélation nécessaire. En noir et blanc, il est unique à chaque modèle de pellicule et varie en fonction du révélateur utilisé. Cette durée est souvent inscrite dans le carton de la pellicule, ou sur l’emballage du révélateur. Mais vous pouvez aussi retrouver cette information sur le site du fabricant de la pellicule, ou sur des sites répertoriant ces informations comme Pirate Photo.

Vous pouvez maintenant verser votre révélateur dans la cuve, puis la fermer avec son chapeau. Vous allez devoir remuer le produit dans la cuve selon les consignes données par son fabricant. La plupart du temps on mélange le produit en retournant la cuve gentiment durant les 10 premières secondes, puis durant 10s à chaque minute écoulée. Après chaque période où on mélange la cuve, tapez le dessous de la cuve contre une table d’un coup sec pour chasser les bulles d’air.

Une fois la durée écoulée, vous pouvez vider votre cuve.

Le bain d’arrêt

Versez sans trainer le bain d’arrêt dans votre cuve et mélangez durant quelques secondes. L’acidité du bain d’arrêt va permettre de stopper l’action du révélateur sur la pellicule. Contrairement à l’étape de révélation, ici la durée est beaucoup moins importante. Que vous laissiez le bain d’arrêt 2 ou 5 minutes n’aura pas de réel impact sur la pellicule. L’idée est simplement de bien la rincer pour laisser place au fixateur.

Pour cela, mélangez votre cuve pour retirer au maximum les résidus de révélateur. Puis, après avoir laissé agir pendant, à minima, une minute, vous pouvez passer à la suite dès que vous êtes prêts.

La fixation

Le fixateur, est le dernier produit que nous allons utiliser. Il sert à fixer l’image présente sur la pellicule et faire en sorte qu’elle ne soit plus sensible à la lumière. Elle va venir retirer de la pellicule toutes les particules d’argent qui n’ont pas réagi.

Comme pour le bain d’arrêt, ici, la durée est beaucoup moins importante qu’avec le révélateur. Les fabricants donnent d’ailleurs souvent une fourchette très large. Laissez-le agir quelques minutes, en suivant les recommandations données. C’est généralement entre 2 et 5 minutes. Ici aussi il est nécessaire de mélanger le produit quelques secondes toutes les minutes et de taper la cuve pour chasser les bulles d’air afin que le produit agisse uniformément.

Une fois la durée écoulée, vous pouvez vider votre cuve.

Etape 6 – Rinçage

Ça y est, vous avez réussi, votre pellicule n’est plus sensible à la lumière ! Vous pouvez maintenant ouvrir votre cuve. Avant de mettre vos doigts dedans, remplissez votre cuve d’eau et mélanger tranquillement de temps en temps pour rincer votre pellicule. Continuez à la rincer pendant 5 bonnes minutes en remplaçant l’eau 3 voire 4 fois.

Lors du dernier remplissage, ajouter dans votre eau une petite goutte d’agent mouillant ou, à défaut, de liquide vaisselle. Cela va permettre d’éviter d’avoir des traces de calcaire sur votre pellicule. Mais n’en mettez pas trop, ou cela aura l’effet inverse en laissant des résidus de produit au séchage.

Etape 7 – Séchage

Votre pellicule est maintenant prête, vous pouvez la récupérer. Cependant, attention, elle est encore très fragile, ne mettez pas vos doigts sur les photos.

Accrochez-la à la verticale, et laissez-la sécher pendant bien 2h. Mettez-y un poids au bas pour qu’elle reste bien droite. Il existe des pinces de séchages idéales pour cela, mais autrement, des pinces à linge peuvent tout de même convenir en dépannage.

Une fois bien sèche, vos photographies sont prêtes ! On découpe généralement le film par bandes de 4 ou 6 photographies pour faciliter le stockage. Enfin, vous pourrez les scanner vous-même, ou en faisant appel à un professionnel ! Vous pouvez même les tirer, ou les faire tirer, si vous souhaitez obtenir une version papier de vos photos !

Que faire des déchets ?

Evidemment au bout d’un moment, à force d’utiliser des produits pas toujours très bons pour l’environnement, se pose la question de la gestion des déchets. Tous les éléments utilisés pour développer vos pellicules doivent être retraités correctement pour en limiter l’impact.

C’est valable pour le révélateur et le fixateur au minimum, mais c’est aussi valable pour le bain d’arrêt, et même les eaux de rinçage. Certains considèrent que ces deux derniers éléments sont suffisamment dilués pour ne pas avoir un impact plus conséquent que les détergents ménagé. Mais rappelez-vous que si chacun pense ainsi, ça fait énormément de produits dans la nature, récupérez donc autant que possible, d’autant qu’en France le retraitement de ces produits est gratuit pour les particulier 😊

Vous devez simplement emmener vos déchets dans une déchetterie qui propose la collecte de produits chimiques. Pour éviter tout accident, indiquez sur le contenant la nature du produit donné (révélateur argentique, fixateur argentique, etc…). Voici un lien qui vous permettra de trouver la déchetterie la plus proche de chez vous : où déposer vos déchets chimiques ?

Et voilà !

Vous savez maintenant développer vos pellicules, c’était pas si compliqué non ? Pour ceux qui souhaitent encore compléter leur apprentissage, je vous invite à traîner sur Youtube. Des dizaines de personnes montrent comment développer au mieux ses photos, chacun a ses petites techniques, c’est toujours bien de pouvoir comparer !

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