Damien TROLARD

L'argentique c'est beau, mangez-en !

La renaissance de la photographie argentique

La renaissance de la photographie argentique

Pourtant utilisé par tous et toutes durant des décennies, la photographie argentique a subit un grand déclin à partir de la fin des années 90. Et pourtant, après avoir failli tomber dans l’oubli, elle fait son retour auprès de tous. Amateurs comme professionnels, ils sont de plus en plus nombreux à ressortir des appareils ayant passé bien des années dans les cartons.

Hello les oiseaux, petit aparté avant d’entrer dans le dur du sujet, cet article est dans un format un peu différent des autres. Il a été écrit pour être publié au format papier dans une revue mais je vous partage quand même son contenu ici 😉

Une nouvelle ère et d’anciennes méthodes

Le 16 septembre dernier, les photographes parisiens étaient en deuil. Après 41 ans de bons et loyaux services, le magasin Photo-Ciné, dernier magasin de vente d’appareils argentiques de Paris, mettait aux enchères son gigantesque stock de matériel avant son ultime fermeture. Cela aurait pu sonner comme la fin définitive de l’argentique, et pourtant, les passionnés de tous âges semblent à mille lieues de vouloir arrêter cette pratique.
Comme pour la musique où le vinyle, pourtant abandonné pendant bien longtemps, fait son grand retour, les appareils argentiques sont à leur tour remis sur le devant de la scène. Ils ont sagement attendu dans nos greniers, et aujourd’hui, malgré les années, ils sont toujours d’actualité. Ce plaisir du retour à l’ancien fait son chemin à travers toutes les générations. Que ce soit pour des questions de coût ou par goût, les photographes amateurs comme les plus expérimentés reviennent à ces appareils qui ont fait le bonheur de nos grands-parents.

Le plus grand avantage de cette technologie est le coût de son matériel. Il est possible de se procurer des appareils de très bonne facture pour quelques euros seulement. Sur internet ou dans les vides greniers nombreux sont ceux qui s’en débarrassent. Les plus chanceux d’entre vous pourront même en avoir gratuitement auprès de gens ne sachant qu’en faire. Bien qu’ayant un rapport qualité/prix inégalable, l’argentique reste un coût. Depuis l’achat des consommables jusqu’au développement, la note peut vite grimper au-delà des 15€ par pellicule. C’est donc un paramètre à prendre en compte. Si vous souhaitez faire des centaines de photos votre porte monnaie risque de fondre à vue d’œil. Malgré tout, il reste possible de diminuer les coûts en faisant soi même les étapes du développement des pellicules. Cela demande beaucoup d’investissement personnel et financier, ce n’est donc pas à la portée de tous les profils.

Chaque photo étant un coût c’est une nouvelle méthode de travail qui montre le bout de son nez. À une époque où tout doit aller vite, l’idée de prendre son temps revient dans les esprits. Réfléchir à sa photographie avant de la prendre devient une nécessité. Oubliez les rafales, ici on réfléchit, on déclenche, puis on verra le résultat parfois plusieurs semaines plus tard. Et oui, inconcevable sur nos téléphones, ici on ne connaît le résultat de chaque photographie qu’une fois la pellicule développée. Les photos se font à l’œil. On pense avoir la photo parfaite, et pourtant, ce n’est pas toujours le cas. Il faut savoir faire avec les défauts.
C’est pourquoi la photographie argentique reste avant tout un défi et une façon de travailler différente. Le coût très faible du matériel se voit vite rattrapé par le coût de chaque image, c’est donc une façon différente de produire ses clichés qui se présente aux passionnés.

Un marché qui reprend de la vitesse

A l’heure où tous les domaines passent au tout numérique, les plus grands personnages du cinéma se mobilisent pour soutenir Kodak, principal acteur de l’époque argentique. On apprend ainsi que Star Wars 7, sorti sur grand écran en 2015, a été tourné en bonne partie avec des pellicules 35mm fabriquées par l’ancien géant. C’est un peu comme un clin d’œil aux premiers films de cette saga mythique, qui, eux aussi, étaient également tournés en pellicules argentiques.

Malgré un coût plus élevé face au numérique, bon nombre de grands réalisateurs continuent encore de travailler avec les anciennes méthodes. Soutenu par Quentin Tarantino, Martin Scorsese ou encore Christopher Nolan, Kodak semble pour l’instant maintenir la tête hors de l’eau. Malgré sa déclaration en faillite en 2012, c’est grâce à un accord trouvé pour l’achat régulier de pellicules, avec les plus grands producteurs de films comme Disney, Paramount ou encore Universal, que Kodak continue d’être présent sur le marché de l’argentique. Plus discret mais pas moins qualitatif, il reste très présent dans le milieu du cinéma mais aussi celui de la photographie.
Avec le retour à l’argentique c’est maintenant la concurrence qui revient peu à peu entraver la route de l’entreprise. Leur présence devient telle qu’après des années de stagnation, de nouvelles innovations en matière d’argentique font surface. De nouvelles pellicules font leur apparition, du matériel inédit fait son arrivée, de nouveaux acteurs prennent place sur le marché. C’est le signe du début d’une nouvelle ère, dans laquelle argentique et numérique devront apprendre à cohabiter.

Grâce au regain d’intérêt pour l’argentique, de nouveaux magasins et laboratoires ouvrent leurs portes un peu partout en France. L’économie de l’argentique semble renaître de ses cendres au fil du temps. On peut par exemple parler du magasin Nation Photo. Créé au début des années 2000, ils parient avant tout sur la modernisation. Grâce à une présence en ligne comme dans les rues parisiennes, difficile de passer à côté. Avec une première boutique Place de la Nation et une seconde ouverte il y a quelques années à deux pas des Halles, c’est une entreprise qui semble elle aussi bel et bien reprendre de la vitesse.

Un peu plus loin, du côté du cimetière du Père Lachaise, le laboratoire Emulsion Lab, quant à lui, mise sur un concept totalement nouveau. Ouvert début 2019, il met à disposition du public de très nombreuses machines permettant de développer et de tirer les photographies argentiques. Après une formation nécessaire à leur utilisation, il est possible de faire toutes les étapes du développement d’une photo soi même. Intéressant financièrement pour les personnes faisant beaucoup de photo, mais intéressant également pour les personnes souhaitant un controle total sur leur production, Emulsion Lab est un petit nouveau qui ne demande plus qu’à être connu des photographes.

Des entreprises encore instables

Malgré un marché en progression, l’utilisation de l’argentique reste faible et ses acteurs en sont conscient. On pense d’abord aux grandes entreprises comme Kodak qui souffrent encore la phase à vide qu’ils ont connus. Aujourd’hui, ils continuent à vivre la peur au ventre. Les fabricants fonctionnent actuellement par stock, ils remplissent leurs entrepôts et attendent d’avoir vendu la totalité du stock avant d’en produire plus. Le but étant d’éviter un maximum les dépenses superflues que ce soit en terme de stockage ou de pertes dû à des dates de péremption dépassée. Et oui, malgré des carnets de commande qui se remplissent à nouveau on est encore bien loin des chiffres connus dans les années 80. Il leur est toujours nécessaire de maîtriser les dépenses pour garder le cap.

Du côté des plus petits commerces, ici aussi tout n’est pas rose. Malgré une demande en augmentation, il est bien difficile pour les quelques laboratoires et boutiques qui ont survécu à la traversée du désert de dégager une véritable marge. Le public étant continuellement à la recherche du prix le plus bas la concurrence se fait rude et la rentabilité a du mal à être au rendez-vous.

Du côté des consommateurs trouver un revendeur de pellicule ou un laboratoire où développer ses photos peut vite devenir une galère. En dehors des grandes villes, ceux-ci ont presque totalement disparu. Ce sont donc des services par correspondance qui font leur apparition. Même s’ils sont très pratiques pour les personnes n’ayant pas de boutique proches, ils ont tendance à tuer les derniers commerces de quartier encore debout. La nécessité de trouver un nouveau modèle économique est donc très présente pour réussir à contenter les consommateurs comme les entreprises.

En bref, que ce soit sur internet ou dans nos rues, la photographie argentique fait son grand retour auprès des amateurs comme des professionnels. Que ce soit par goût ou par curiosité, de nouveaux acteurs font leur apparition au beau milieu des entreprises historiques encore fragiles. Ces derniers réussissent peu à peu a, de nouveau, attirer les photographes. C’est comme la renaissance d’un courant de pensée qui s’organise, où l’instantanéité n’est plus la dominante et où réfléchir avant d’agir devient l’élément clé.

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