Damien TROLARD

L'argentique c'est beau, mangez-en !

Comment créer son laboratoire photo argentique à la maison ?

Comment créer son laboratoire photo argentique à la maison ?

Hello les pomélos, aujourd’hui on se retrouve pour parler laboratoire photo argentique. Enfilez vite vos plus belles blouses de scientifiques, remontez vos manches, et on est partis pour parler matériel et mise en place !

Alors tout d’abord, sachez je ne suis pas un spécialiste de la photographie argentique, loin de là. J’ai créé mon laboratoire photo surtout dans le but de faire des économies. Développer et scanner une pellicule sur Paris coûte presque 20€, c’était donc un moyen de réduire drastiquement les coûts, et par la même occasion, d’avoir un contrôle total sur mes photos.

Du coup j’ai créé mon laboratoire en fonction de mes besoins et de mes moyens. Evidemment, tout ce que je dirai dans cet article ne s’appliquera pas à tout le monde. Cependant, l’idée reste la même pour tous. Je vous partage mon expérience pour vous permettre de faire les meilleurs choix et de prévoir au mieux, et à l’avance, ce dont vous aurez besoin 😊

D’ailleurs petit tips à ceux qui comme moi n’ont pas des milles et des cents à dépenser dans un labo. On est dans une époque où l’argentique a énormément diminué. Beaucoup de gens ont encore du matériel qui ne sert plus au fin fond de leur grenier. Pour quasiment tout le matériel dont je parlerai, vous pouvez fouiner sur LeBonCoin pour trouver des bons plans. Pour les plus chanceux vous pourrez même trouver sur Geev ou sur Donnons.org des gens qui donnent purement et simplement du matériel devenu souvent trop encombrant.

Développement des pellicules

Le pole développement des pellicules c’est la première chose dans laquelle j’ai investit. Au premier abord en regardant des vidéos et sur les forum ça m’avait pas l’air très compliqué, le matériel coûte pas excessivement cher, ça prend pas énormément de place, bref c’etait plutôt tous bénefs.

Bah après coup c’est vrai en fait. Enfin, dans une certaine mesure. Pour que ça reste pas cher et pratique il faut s’imposer des limites. Déjà il faut savoir que développer des pellicules en noir et blanc c’est simple et pas cher, oui, c’est vrai. Développer des pellicules couleurs, bah euh… C’est une tout autre histoire. Ce n’est rien d’impossible mais ça demande plus de technique et de matériel. Pour ceux qui veulent savoir comment on développe ses pellicules soit même c’est par ici : Comment développer ses pellicules à la maison.

Du coup personnellement je me suis limité aux pellicules noir et blanc. Déjà parce qu’à la base c’était juste pour essayer donc je voulais pas dépenser trop, puis qu’en fait à long terme c’est beaucoup plus intéressant financièrement que la couleur. Il est donc temps de passer au matériel que j’ai choisi pour ça !

Le matériel

Ce qui est agréable c’est qu’ici c’est le seul moment de l’article où je peux dire que le matériel coûte pas grand chose et prend pas trop de place 😂

Pour développer ses pellicules on a finalement pas besoin de beaucoup d’éléments. A la base il faut juste une cuve étanche à la lumière et des chimies. Le soucis c’est qu’il y a des choses auxquels ont ne pense pas dès le début qui peuvent ajouter des frais si vous devez tout acheter neuf.

Cuve Paterson super system 4

Pour les cuves, il y a deux choix qui dominent le marché. On a d’un côté Paterson, qui est anglais, et de l’autre Jobo qui est allemand, tout deux sont d’une qualité identique. De mon côté, j’ai choisi Paterson parce qu’elles sont, à l’heure actuelle, plus simple à trouver en France. Elles sont à peu prêt dans toutes les boutiques argentiques, on les trouve même sur Amazon et chez tout un tas de revendeur en ligne.

Il en existe plus grandes, des motorisés, des avec thermostats, etc… Mais les tarifs sont pas les mêmes du tout et elles prennent vite beaucoup de place. Celles motorisées et avec thermostat sont surtout utiles pour le développement couleur où il faut une température précise et en général un mélangeage constant. En noir et blanc c’est tout l’opposé, on peut tout faire à température ambiante et à la main sans soucis, donc j’ai pas trop cherché à m’embêter et j’ai prit une cuve toute basique autour des 30€ qui peut accueillir 2 pellicules 135 à la fois ou une de 120.

Chimies

Pour les chimies je vais pas m’étaler, il en existe des tonnes, des plus ou moins toxiques, des liquides, des en poudre, des toutes prêtes, des à diluer, enfin bref, il y a 1000 choix. Elles ont toutes leurs spécificités mais globalement, elles servent toutes à la même chose, transformer la pellicule en négatif.

J’ai des chimies liquides à diluer qui sont toutes fabriquées par Ilford mais c’est purement arbitraire. A vous de voir suivant vos préférences, votre expérience, et ce que propose votre revendeur. Comme c’est du détail et pas forcément intéressant de parler des consommables ici, si vous voulez plus d’infos les chimies dont vous avez besoin c’est encore une fois par ici que ça ce passe : Comment développer ses pellicules à la maison.

Du bordel

Au delà d’une cuve et des chimies, j’ai quelques trucs en plus qui sont dans mon nécessaire pour développer les photos. Ce sont des éléments auxquels ont ne pense pas toujours avant mais qui facilitent grandement les choses.

Obligatoire

  • Un décapsuleur pour ouvrir les pellicules, il en existe des spéciaux pour photo autour des 15€, mais autrement le pauvre décapsuleur trouvé abandonné un lendemain de soirée fera très bien l’affaire
  • Une paire de ciseaux pour découper les pellicules
  • De l’eau, c’est honnêtement le truc le plus con, mais avoir un accès à l’eau pas loin ça facilite la vie. Comme j’ai des chimies à diluer et qu’à la fin du processus il faut rincer les pellicules avant de les mettre à sécher et bien il faut de l’eau. Et l’avoir sous la main c’est un beau gain de temps. Personnellement j’ai la chance d’avoir un récupérateur d’eau de pluie donc je fais tout ça avec de l’eau de pluie que je stocke en bouteille et que je laisse décanter tranquillement dans le noir pour qu’elle soit le plus propre possible mais avoir juste un robinet pas loin ça reste très pratique.
  • Un fil de fer pour faire sécher les pellicules (un séchoir à linge ça marche aussi), d’ailleurs expérience vécue, ne mettez pas vos pellicules à sécher trop proche du mur, sinon au moindre mouvement elles se collent contre et ça fait des traces improbables sur les photos, c’est une horreur à nettoyer
  • Des bouteille et des bidons vides. Je me sert des bouteilles pour faire et mélanger mes dilutions et des bidons pour stocker ce qui ne peut plus être utilisé en attendant de les emmener à la déchetterie. C’est pratique quand on fait les dilutions et c’est pas embêtant à stocker, j’ai pas trouvé mieux pour l’instant 👌

En option

  • Des éprouvettes graduées, le petit chimiste que je suis adore cette partie, comme j’ai des chimies qui doivent être diluées, j’ai besoin de pouvoir mesurer les quantités donc c’est nécessaire. Si vous utilisez des chimies toutes prêtes, inutile de s’en procurer
  • Une pince lestée, c’est pas obligatoire non plus mais ça permet à la pellicule de sécher bien droite et de ne pas se coller à celles qui sont à coté si il y a un courant d’air. L’idée c’est juste de mettre un poids en bas de la pellicule pour qu’elle soit le plus droite possible. Elles coûtent quasiment 10€ la paire mais encore une fois, on peut contourner les dépenses en utilisant des épingles à linge. C’est moins efficace mais ça fait le boulot quand même.

Scanner les pellicules

Le pôle scan, c’est le pôle qui prend pas trop de place mais qui coûte cher. On va pas se mentir, c’est rentable, mais uniquement à condition de faire beaucoup de pellicule (ce qui n’est pas mon cas du tout, mais faire 2h aller retour jusqu’au labo juste pour demander un scan c’était vraiment pas pratique)

J’ai longtemps hésité entre scanner à plat et scanner à défilement. Pour ceux à qui je parle déjà chinois toutes les infos dont vous avez besoin sur le choix d’un scanner sont disponibles là : Scanner ses pellicules soit même : Choisir son scanner. Comme j’ai pour l’instant presque que des pellicules en 35mm j’ai privilégié la qualité à la polyvalence. J’ai donc choisi un scanner qui ne fait que des 35mm, tant pis pour les 120, mais j’espère pouvoir en faire des tirages bientôt.

Plustek OpticFilm 8100

Venons en au fait, j’ai dépensé 250€ dans un scanner Plustek (après des semaines de comparaison et de doute avec le Epson V600). Mais au final j’en suis pas déçu pour l’utilisation que j’en fait. Il donne des photo assez qualitative, c’est bien suffisant pour les publier sur internet ou pour des impressions dans des magazines par exemple. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est suffisant pour faire du grand format, ça n’égalera jamais un tirage argentique. Ce sera donc surement un peu juste si vous voulez faire des tableau, mais à voir suivant la taille. Comme je ne me sert pas du scanner dans ce but je n’ai jamais essayé, je ne pourrais pas vous en dire plus.

C’est long.

Bien que le scanner me plaise du côté de la qualité j’en retiens quand même deux gros points noirs :

Par soucis de coût j’ai fait l’impasse sur le traitement infrarouge qui permet d’effacer les poussières automatiquement, bah du coup c’est super long à corriger. Comme 95% de mes photos sont dédié au format web ou à des print assez petit, j’ai souvent tendance à juste les laisser tel quel si c’est pas trop méchant. Si c’est vraiment trop visible j’ai prit l’habitude de juste faire un deuxième scan en soufflant bien les poussières pour en avoir le moins possible plutôt que de les éditer, ça fait perdre moins de temps.

Le second point c’est que, mon dieu que c’est long de faire une pellicule. En général je regarde un film ou je fais autre chose pendant parce que c’est vraiment pas passionnant. Il faut facilement 1h30 pour scanner les 36 poses. L’avantage c’est que pendant le scan on peut en profiter pour faire autre chose, je traite d’autres photos pendant, mais il faut quand même revenir toutes les 3-4min pour lancer la photo suivante, c’est vraiment pas pratique. Du fait que je poste très peu des photos que je produis, je fais une présélection des photos que je veux scanner pour y passer moins de temps sinon c’est vraiment invivable. Si vous avez des dizaines de pellicules à faire j’espère que vous êtes motivés parce que c’est vraiment pas la partie la plus plaisante.

En bref…

Donc pour résumer, scanner ses pellicules c’est sympa pour les partager mais c’est vraiment long et l’investissement initial est pas forcément très motivant. A vous de voir si vous en avez vraiment envie mais il faut beaucoup de temps à y dédier si vous voulez vraiment toutes vos photos en version numériques.

Faire des tirages soit même

On arrive dans la partie la plus folle du projet, à la base je ne pensais pas du tout faire des tirages chez moi. J’ai juste un jour où je me suis levé et je me suis dis « Hey ce serait cool de pouvoir les faire moi même » puis bah j’ai fait une folie 😁

Alors en vrai tout ne c’est pas passé aussi vite que ça. J’y ai réfléchi en août et j’ai regardé ce qui passais sur Le Bon Coin pendant un bon moment. Puis un beau jour de décembre, une offre parfaite est arrivée, du coup maintenant j’ai plus de place chez moi mais je suis un photographe heureux 😁

Le truc le plus important pour faire des tirages en argentique c’est l’agrandisseur. Il en existe de toutes les tailles et de tous les âges, neuf ça coûte 3 reins (que je n’ai pas), du coup j’ai été voir dans les occasions, faut pas déconner. Pour les petits curieux, un agrandisseur neuf coûte, en gros, entre 700 et 3000€. Sachant que l’ensemble de mon labo n’a pas coûté ce prix là, je vous conseille vivement de fouiner dans les offres d’occasion. Il y a des gens qui les vendent, littéralement, pour quelques bouchées de pain.

Le choix de l’agrandisseur

Choisir un agrandisseur c’est la phase la plus périlleuse, on trouve des informations qui se contredisent totalement sur les forums c’est barbant. Assez souvent une personne n’aime pas une marque pour x ou y raison et du coup il dira de toute façon que l’agrandisseur est mauvais. Honnêtement je vous conseille de passer outre tout ça, tous les agrandisseurs ont leur avantages et leur défauts c’est vrai, mais tous feront le travail avec plus ou moins de praticité.

A partir du moment où il contient l’ensemble du nécessaire et qu’il a été stocké correctement pour éviter rouille, champignons, et tout autre chose pouvant le détériorer, il n’y a pas de raisons que l’agrandisseur soit mauvais au point de ne pas pouvoir faire de tirage. Pensez simplement à demander quel objectif est dessus, leur qualité pouvant varier énormément suivant les modèles. On conseille surtout de préférer les objectifs embarquant 6 lentilles faces à ceux qui n’en ont que 4, ils sont généralement de meilleure qualités. Et enfin, une grande ouverture (petite valeur f) vous permettra d’être plus à l’aise pour voir votre image mais elle n’importe que peu sur la qualité de l’optique.

Je vous mets des PDF contenant une bonne liste d’objectifs avec les formats de pellicules qu’ils peuvent agrandir et le nombre de lentilles dont ils disposent.

Agrandisseur Ahel 12

De mon côté j’ai donc, avant tout, privilégié la qualité de stockage avant la qualité de l’agrandisseur en lui même. J’ai juste eu la chance de croiser une offre qui contenait à la fois un agrandisseur d’excellente facture et un stockage parfait. Cet agrandisseur date des années 70, il a donc déjà eu une très longue vie avant d’arriver entre mes mains. Je sais qu’il a beaucoup servi mais je l’ai racheté à une association de photo, j’étais donc très rassuré quant à son stockage et à son entretient. Et j’ai eu raison, en allant le voir, l’objectif est comme neuf, les lentilles aussi, il était en plus de ça complet et l’agrandisseur en lui même n’a aucun point de rouille, tout est d’origine en très bon état, comment vous dire que je n’ai pas hésité bien longtemps 😅

Du coup je suis rentrée avec 30kg de plus dans le coffre de la voiture pour une somme dérisoire, une affaire en or 😁

Bonjour, je suis encombrant, bisous

Alors donc venons en au fait, pour installer un agrandisseur chez vous sachez qu’il faut DE LA PLACE. ÉNORMÉMENT DE PLACE. Même pour les petits agrandisseurs, quand vous installez les bacs de chimie et un endroit où pendre vos tirages ça prend vite beaucoup d’espace. Et au delà de ça, vu l’odeur du révélateur, je vous déconseille vivement de faire ça dans une toute petite pièce. Je pense que le meilleur endroit ce serait un garage bien isolé de la lumière, avec une ventilation correcte. Personnellement j’ai pas du tout suivi ça, j’ai placé mon agrandisseur dans une pièce pas bien grande mais la fenêtre est pas loin, ça permet quand même d’aérer correctement.

Le matériel

Le gros problème quand on prend un agrandisseur c’est qu’en fait il implique pas mal de dépenses et d’installations. On va donc parler de tout ce que j’ai en plus de l’agrandisseur. Comme pour le reste du matériel fouiner un peu dans les sites de vente entre particulier permet de faire de belles économies. L’association à qui j’ai acheté l’agrandisseur m’a fourni une bonne partie des éléments que j’ai ça a donc bien limité les dépenses de mon côté.

Obligatoire

  • Du papier photo noir et blanc, ça coûte super cher pour ce que c’est, mais sans ça on ne fait pas grand chose 😅. Personnellement j’utilise que du papier RC, il existe aussi du papier baryté qui est techniquement plus qualitatif mais qui apporte aussi beaucoup de contrainte. Un article arrivera là dessus un de ces jours 😉
  • Des chimies (encore), certaines peuvent servir à la fois pour les pellicules et pour les papiers, ça évite d’en avoir 3546513 différentes, c’est pratique, pensez y en les choisissant
  • Au moins 3 bacs pour tremper les photos dans les chimies, un 4e pour laver les tirages est quand même bien pratique
  • Des pinces pour aller récupérer les photos dans les bacs sans y plonger les mains
  • Du fil de fer et des pinces à linge (ou un étendoir à linge ça fonctionne aussi) pour laisser sécher les photos. Si vous voulez vraiment bien faire il existe des supports pour laisser sécher les photos. Juste que comme tout le matériel d’un laboratoire photo, neuf, ça coûte cher et comme mon système D marche pas trop mal j’en ai pas vraiment l’intérêt
  • Un Scoponet (ou vérificateur de mise au point, Scoponet c’est une marque en réalité) pour vérifier la mise au point de l’agrandisseur
  • Une ampoule inactinique pour pouvoir avoir de la lumière sans détruire le papier photo noir et blanc. Avec des tirages couleur vous pouvez oublier, il faut absolument tout faire dans le noir. Mais autrement en noir et blanc c’est quasiment indispensable

En option

  • Un margeur, alors pour le coup ce n’est pas obligé du tout. Ça coûte entre 200 et 800€ neuf (encore un rein de plus), et ça sert à faire des marges sur les photos . Personnellement je m’en sert presque pas mais comme on me l’a quasiment donné j’allais pas refuser 😅
  • Des filtres gradués (parce que j’utilise du papier multigrade), c’est pas obligatoire du tout. Juste que quitte à acheter du papier multigrade, autant avoir les filtres qui vont avec pour pouvoir modifier le contraste de la photo à souhait

Et voilà !

Normalement si vous avez tout bien suivi, vous êtes prêt à monter votre labo, pas de panique si vous n’avez pas encore la méthode, on en parlera dans de prochains articles !

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