Damien TROLARD

L'argentique c'est beau, mangez-en !

Comment choisir sa pellicule argentique ?

Comment choisir sa pellicule argentique ?

En argentique, la pellicule est un élément à part entière de la photographie. Elle peut en changer complètement sa perception en venant jouer sur différents paramètres. En fait, chacune a un rendu unique et chaque photographe a ses préférences. Seulement chacune d’entre elle a aussi ses limites. Choisir sa pellicule est donc un savant mélange entre goûts et contrainte technique. Mais alors, comment faire le bon choix ?

Suivant l’appareil photo

Commençons par parler de votre appareil. Et oui, tous les appareils n’utilisent pas le même type de pellicule. Tout comme au cinéma où il existe différentes tailles de film, la photographie utilise elle aussi différents formats. Vous devrez acheter une pellicule en fonction de votre appareil. Si vous avez un doute, un petit tour sur votre moteur de recherche préféré muni du nom de votre appareil devrait pouvoir vous guider.

Le format 135

Le 135, aussi appelé 35mm ou 24×36, est le format le plus couramment utilisé en argentique. Initialement créé pour le cinéma, cette pellicule mesurant 35mm de hauteur sera reprise en photographie pour créer des images de 24x36mm. Bien que certains appareils s’en serviront pour créer des images de 24x65mm dans le but de faire des photographies panoramiques, le 24×36 servira durant de nombreuses années à former les contours d’un standard. C’est en grande partie lui qui permettra à la photographie argentique de se démocratiser en la rendant de plus en plus accessible.

Schéma d’une pellicule 135

Ce standard est encore utilisé aujourd’hui en numérique. Maintenant appelé « Plein Format », il est présent sur de nombreux appareils semi-professionnels et professionnels à travers des capteurs mesurant eux aussi 24x36mm.

Ce format de pellicule est le plus facile à trouver en boutique comme en ligne. Certains supermarchés en vendent même encore quelques unes bien qu’elles n’offrent plus le choix d’antan. Si votre appareil utilise une pellicule 135 ne soyez pas inquiet, vous n’aurez aucun mal à trouver ce qu’il vous faut !

Le format 120

Le format 120 quant à lui est en général présent dans des appareils plus anciens ou plus haut de gamme. Sa pellicule de 64mm de hauteur permet de produire des négatifs beaucoup plus grands et ainsi d’obtenir des tirages de qualité supérieure. Utilisée dans de nombreux appareils aux formats variés (6×4.5cm, 6×6, 6×7, 6×8, 6×9… Et même jusqu’à 6x24cm), ce format est un peu le MacGyver de la photographie, il sert à énormément de tailles différentes.

Le 120 a lui aussi son équivalent en numérique. Appelé « Moyen Format » il est encore présent sur des appareils très haut de gamme. On peut notamment citer Hasselblad, justement reconnu pour ses appareils moyen format aux prix insolents.

Exemples de pellicules 120
Source : Wikipedia

Encore fabriquées de nos jours, les 120 sont quand même relativement moins faciles à trouver. Bien que la plupart des grands fabricants produisent encore leurs pellicules en 135 et en 120, les pellicules moins courantes peuvent ne pas être trouvables dans ce format. Même si vous n’aurez pas trop de problème pour en trouver, renseignez-vous tout de même au prêt du laboratoire où vous faites développer vos photographies. Normalement tous les laboratoires sont capables de développer des pellicules 120. Seulement, bien que ce soit plutôt rare, il peut arriver que certains ne proposent pas de numériser des pellicules de cette taille (ou en tout cas pas en bonne qualité) ni même d’en produire des tirages papier.

Les autres formats

Il existe de nombreux autres formats. La plupart d’entre eux sont très difficilement trouvables voire, malheureusement, plus du tout produits. Le format 620 par exemple est maintenant devenu introuvable. Seulement, il est encore possible d’en fabriquer soit même en transformant une pellicule 120 en pellicule 620 grâce à un axe récupéré sur une vieille pellicule. En effet, seul l’axe de la pellicule diffère entre les deux.

En réalité, si votre appareil utilise un format peu courant n’hésitez pas à farfouiller un peu sur internet. Même si vous ne trouvez pas de pellicules au revendeur du coin, il est possible que des passionnés aient trouvé une solution alternative ! Par contre, ici aussi, pensez à vous renseigner auprès de votre laboratoire, certains peuvent refuser de faire des formats trop peu courant du fait de ne pas avoir le matériel adapté.

Suivant la situation lumineuse

La situation va beaucoup jouer sur le choix de la pellicule. En effet, une fois celle-ci placée dans l’appareil, il est compliqué de changer de pellicule en cours de route. Si elle est prévu pour servir par forte lumière, il vous sera quasiment impossible d’avoir des photos correctes une fois le soir venu. Il est donc nécessaire de réfléchir à laquelle choisir en amont.

La sensibilité ISO/ASA/DIN

Pour cela, c’est la sensibilité à la lumière de la pellicule qui va jouer. Anciennement appelée DIN, elle a par la suite été modifiée pour devenir le ASA bien qu’aujourd’hui elle soit plus couramment appelée ISO. L’ISO vient créer une notation mentionnant les deux unités. On retrouve ainsi des pellicules avec la mention « ISO 400/27° » (400 ASA & 27° DIN). Aujourd’hui la valeur DIN est de moins en moins précisée. Le plus souvent on parlera simplement d’une pellicule à 400 ISO en ignorant les DIN. Mais pour les personnes ayant un appareil utilisant encore cette unité, pas de panique. La valeur continue d’être mentionnée en petit directement sur la pellicule. Et même si ce n’est pas le cas, il vous suffira de faire la conversion grâce à un tableau comme celui-là.

Conversion ASA/DIN/ISO
Source : www.chim.lu

Mais alors à quoi ça sert cette valeur ?

Un film a une sensibilité à la lumière définie lors de sa fabrication. Plus un film va être sensible à la lumière, moins il aura besoin d’être exposé pour en imprimer la photo. Par exemple, en journée et à l’extérieur, on aura tendance à utiliser des films avec des ISO plutôt moyens, situés entre 50 et 400. Cela permettra d’obtenir des photos correctement exposées facilement. De nuit ou en intérieur, on aura plutôt tendance à utiliser des films avec une sensibilité plus élevée. Généralement entre 800 et 3600 ISO.

Pellicule Ilford XP2 Super
avec la mention « ISO 400/27° »

Il est donc important de réfléchir en amont aux photographies qu’on va faire. Utiliser un film inadapté peut énormément compliquer la tâche du photographe. Il devra alors compenser avec le temps d’exposition. Seulement, parfois ce n’est pas possible, un temps d’exposition trop long peut générer du flou sur vos photographies. Tandis que dans l’autre sens, on peut atteindre les limites de vitesse de l’appareil. Il peut donc parfois être totalement impossible de faire une photo correctement exposée si votre film n’a pas une sensibilité adapté.

Si vous souhaitez avoir une pellicule capable de faire un peu de tout, dirigez-vous vers des ISO 400, ces dernières peuvent ne pas être suffisantes en situation de très faible éclairage, mais elles restent tout de même adaptées à la majorité des situations.

Suivant votre niveau et vos moyens

Votre niveau en photographie et vos moyens financiers peuvent également peser dans la balance. Et oui, certaines pellicules sont plus compliquées que d’autre à appréhender. De plus, toutes n’ont pas le même prix, certaines sont donc plus recommandées que d’autres pour débuter.

La facilité d’utilisation

Toutes les pellicules sont différentes et réagissent d’une manière unique à la lumière. Certaines sont très faciles à prendre en main, tandis que d’autres nécessitent un peu plus d’entraînement. Il existe justement certains films qui sont réputés pour être faciles à utiliser. Là où certaines pellicules supportent très mal une surexposition, ces films sont connus pour très bien supporter ces erreurs d’exposition, ils permettent donc à tous de pouvoir maximiser ses chances d’avoir des photos réussies !

La pellicule noir et blanc Ilford HP5+ 400 par exemple est connue pour très bien supporter les problèmes d’exposition. Du côté de la couleur, les Fujifilm Superia X-TRA 400 sont aussi de très bonnes pellicules pour débuter. Si vous n’êtes pas sûr de vous et que vous souhaitez d’abord vous essayer avec une pellicule moins coûteuses, la Fujicolor C200 peut aussi vous convenir. Elle sera simplement moins à son aise si la lumière se faire rare.

Le prix

Le prix peut lui aussi beaucoup jouer sur le choix d’une pellicule. Et oui, entre prendre 3 pellicules à 5€ et une seule à 15€, la question est bien souvent vite répondue. Sachez tout de même que suivant les périodes et même suivant les fournisseurs, certaines pellicules ont tendance à voir leur prix doubler voire tripler. N’hésitez donc pas à comparer et à faire un petit stock quand vos préférées sont à un prix que vous estimez correct.

Portrait effectué avec une pellicule Fomapan 400

Il existe malgré tout des modèles et des marques qui sont connus pour proposer des pellicules vraiment bon marché toute l’année. En couleur vous pouvez aller voir du côté de la Fujicolor C200 et de la Kodak Gold 200. Ces dernières existent depuis la nuit des temps, et ont justement été démocratisées grâce à leur bas coût. Enfin, du côté du noir et blanc, Fomapan et Afga sont deux marques connues pour proposer des pellicules souvent en dessous de la barre des 5€.

Suivant vos goûts

Dans une activité artistique, il est important de se faire plaisir et de se laisser porter par ses envies. Vos goûts ont donc eux aussi un poids important dans le choix d’une pellicule et chaque photographe a ses petites préférences. Certains les préfèrent avec un rendu très doux, tandis que d’autres préfèrent des rendus plus impactant. Il existe même des pellicules qui capturent les lumières infrarouges et créant ainsi un monde fait de couleur normalement imperceptible. Bref, il existe autant de photographes que de goût, mais comment choisir ?

Couleur ou noir et blanc ?

Le premier choix que vous devez faire est de trancher entre le noir et blanc et la couleur. C’est un choix lié au goût du photographe certes, mais c’est aussi une question technique. Pour les personnes qui souhaitent développer leurs pellicules elles-mêmes, il faut savoir que développer des pellicule noir et blanc est beaucoup plus simple que de faire des pellicules couleur. Si vous allez au laboratoire la question se pose beaucoup moins. C’est donc à vous de voir suivant vos préférences. Puis si vous être moins décidé, rien ne vous empêche d’alterner entre les deux choix !

Le contraste & la saturation

Le contraste et la saturation sont eux aussi des paramètres de la pellicule. En couleur l’un implique l’autre, si une photo est contrasté, elle aura aussi tendance à aussi voir sa saturation boostée. En noir et blanc, la couleur n’existant pas, la saturation n’existe pas non plus. Seul le contraste peut venir créer plus de profondeur dans vos photos.

Si vous souhaitez des photos peu contrastées, en noir et blanc, penchez plutôt vers la Rollei Retro 100. Bien qu’elle sache créer des noirs très profonds, elle a quand même tendance à être beaucoup dans les gris, créant son aspect « rétro », comme si elle était très ancienne. Les Agfa APX 100 (ou 400), sont elles avec un contraste un peu plus présent mais restent tout de même très douces. Du côté de la couleur la question est un peu plus complexe, bien que la Kodak Portra 400 peut être considérée comme ayant un contraste plus faible qu’une bonne partie des pellicules, il reste tout de même assez élevé. Pour ceux pour qui veulent en avoir encore moins, je vous invite à rechercher comment retenir une pellicule. Cela vous permettra de réussir à diminuer le contraste de presque n’importe quelle pellicule.

Si vous recherchez des pellicules plus fortes en contraste on peut penser à la Rollei RPX 400 (en noir et blanc) qui est, au contraire de la Retro 100, extrêmement profonde, avec très peu de gris, elle passe très rapidement du blanc au noir intense (attention aux débutants, elle peut être compliquée à appréhender). Du côté de la couleur on pensera d’abord aux Kodak Ultramax 400 mais surtout aux Kodak Ektar 100 qui apportent énormément de contraste et de saturation.

Le grain

Le grain est un éternel débat, certains adorent, d’autres détestent. Parfois on préfère un grain très fin et d’autres fois on veut un grain bien marqué. Bref, les goûts et les couleurs… Mais oui, encore une fois, le style de grain fait complètement parti des paramètres prédéfinis de sa pellicule. Tout d’abord, sachez que sur des pellicules à sensibilité élevé il y aura forcément du grain visible. Plus la pellicule est sensible plus les cristaux présents à sa surface sont gros. Donc elle contiendra inévitablement du grain. Si vous souhaitez l’éviter, pensez donc plutôt à des pellicules à faible sensibilité.

Pour un grain fin et doux

Ceux qui aiment le grain plutôt fin et discret peuvent se tourner vers les Kodak Ektar 100 qui sont décrites par Kodak comme « la pellicule au grain le plus fin et le plus lisse de tous les films négatifs couleur disponibles ». Mais on peut aussi s’amuser avec la Kodak Portra 400 ou encore la Fuji X-Tra 400. Toutes 3 ont un rendu très proche des appareils numériques du fait de leur grain très peu perceptible. En noir et blanc, on pensera à la Kodak TMax 100 et la Agfa APX 100 (elles existent aussi en 400) qui sont toutes deux également très douces.

Photographie effectuée avec une Kodak TMAX 400

Pour un grain plus marqué

Pour avoir des pellicules au grain très marqué, il faudra plutôt aller voir du côté des pellicules à haute sensibilité. Si vous préférez la couleur c’est un peu compliqué. La plupart des pellicules vraiment granuleuses ne sont maintenant plus produites du fait qu’elles ont tendance à avoir un rendu… Spécial dirons nous. On peut citer la Color Implosion Surreal CN, malheureusement plus disponible depuis 2017, qui avait un vrai style granuleux. Mais aujourd’hui, à moins de se contenter de pellicules au grain moyen ou au style un peu rétro, c’est finalement devenu assez compliqué.

Le noir et blanc se prête beaucoup plus au gros grain. Bien que ce soit aussi assez compliqué de trouver des pellicules vraiment très granuleuses, on a tout de même des pellicules comme les Ilford Delta 3200 qui ont un grain relativement marqué. Autrement, petite exception à la règle, la Ilford HP5+ 400, elle aussi, malgré ses ISO moyen, sait créer du grain en basse lumière dans une moindre mesure. Autrement, comme en couleur, il faudra là aussi naviguer au milieu de pellicules au grain présent mais pas forcément visible en toutes circonstances.

Il existe tout de même une méthode pour en obtenir encore plus. Pour les intéressés, renseignez vous sur comment pousser une pellicule, ça pourra vous aider. (Attention tout de même, si vous poussez une photo, il faudra pousser toute la pellicule).

Essayer & découvrir

En fait, en tant qu’artiste mon conseil principal pour réussir à trouver des pellicules qui vous plaisent est de faire appel à votre curiosité. Bien qu’avec un peu d’expérience on a tendance à savoir quel genre de pellicule on souhaite, je ne peux que vous conseiller d’essayer de nouvelles pellicules régulièrement. C’est à force de découverte qu’on trouve les pellicules qui nous plaisent le plus. Au delà de ça, avoir différentes pellicules sous la main permet de pouvoir s’adapter à chaque situation et à chaque style de photographie. Par exemple, on peut aimer utiliser une pellicule pour faire du portrait, une autre pour des paysages et même peut être encore une autre pour des photos de famille. Bref, c’est à vous de voir ce qui convient à votre style.

Comme on l’a vu, si vous utilisez des formats de pellicule assez classique, vous aurez un choix très conséquent. Il est donc inutile de vous mettre en tête de devoir choisir absolument une unique pellicule qui doit correspondre à tous vos usages. Si vous débutez, dirigez vous vers des pellicules qui sont assez simples à utiliser. Elles seront plus tolérantes aux erreurs d’expositions et vous éviterons d’avoir trop de ratés. Autrement, si vous êtes un peu plus expérimenté, n’hésitez pas à découvrir de nouveaux horizons pour coller aux mieux à vos envies. Dans tous les cas, je vous invite vivement à varier les pellicules, c’est ce qui vous permettra de réussir à déterminer ce qui vous convient le mieux. Enfin, si vous avez raté des photographies, ne paniquez pas, ça arrive même aux photographes professionnel. Puis c’est en faisant des erreurs qu’on apprend à les éviter !

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