Damien TROLARD

L'argentique c'est beau, mangez-en !

Le Calotype – L’ancêtre de l’argentique – 1840

Le Calotype – L’ancêtre de l’argentique – 1840

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Nous sommes aujourd’hui en Angleterre, chez William Henry Fox Talbot. Dès 1835, il arrive à prendre une première photographie sur son papier salé, mais celui-ci n’est pas encore au point. Malgré un coup de pouce donné par John Herschel en 1839, pour lui permettre de rendre ses images insensibles à la lumière, celui-ci ne lui donne encore que des images négatives. Malheureusement, une nouvelle inattendue arrive jusqu’à lui en 1839 : l’arrivée du daguerréotype, gardé secret jusqu’alors par Daguerre.

Avec le rachat par le gouvernement français de cette invention durant l’été 1839, la nouvelle fait rapidement le tour du monde. Daguerre se présente alors comme l’inventeur de la photographie, ce qui fait sa renommée. Talbot, informé de cette nouvelle bien tardivement, tente alors de s’approprier la paternité de cette invention. Il va jusqu’à mettre sur pied un dossier complet, présentant ses recherches au gouvernement anglais, pour démontrer que son invention était antérieure à celle de Daguerre. Manque de chance, le daguerréotype a déjà eu le temps de s’implanter sur tous les continents. Ses efforts ne seront jamais récompensés. Il accélère alors ses recherches et veut, à son tour, entrer dans la course à la technologie.

Le principe négatif-positif

Talbot introduit un élément clé dans ses recherches. Le principe de négatif-positif. Il comprend qu’en produisant une image négative et transparente, il ne lui restera plus qu’à poser le négatif transparent sur son papier salé pour inverser son image. Il obtiendra alors une photographie parfaitement positive.

Calotype de William Henry Fox Talbot
Calotype de William Henry Fox Talbot
Date inconnue (~1850-1860)

D’abord appelé talbotype, le calotype est mentionné pour la première fois dans un brevet en Angleterre en 1841. C’est la première méthode qui sépare la création du négatif et du positif. C’est un atout énorme pour la photographie. Contrairement au daguerréotype, avec ce principe, une photographie peut désormais être reproduite à l’infinie.

De plus, autre atout important, Talbot utilise des produits beaucoup plus adaptés que ceux de Daguerre. Il parvient à créer de l’iodure d’argent. Ce produit, créé à la surface du papier, est nettement plus sensible à la lumière que le chlorure d’argent utilisé dans le daguerréotype. De plus, il y ajoute du gallo-nitrate d’argent, qui lui permet d’encore améliorer la sensibilité de son négatif. Au final, Talbot arrive à obtenir des images en quelques minutes seulement, contre une vingtaine pour celle de Daguerre.

La fabrication du Calotype

Le premier négatif

Tout comme pour le papier salé, Talbot utilise une feuille de papier « de bonne qualité » (du papier à lettre ou à dessin). Le papier est enduit d’une solution de nitrate d’argent avant d’être mis à séché. Ensuite, il est plongé dans une solution d’iodure de potassium afin de former des iodures d’argent à sa surface. La feuille est enfin lavée à l’eau claire puis séchée, elle peut désormais être stockée dans le noir.

Photographie par Henry Fox Talbot datée de 1843 ou 1844
Photographie par Henry Fox Talbot,
1843 ou 1844

Enfin, pour terminer le négatif, il utilise du gallo-nitrate d’argent (un mélange d’acide gallique, d’acide acétique et de nitrate d’argent). La feuille peut ensuite être utilisée sèche ou encore humide. Après avoir été exposée, l’image est à peine visible, voire même encore invisible sur le papier. Il nécessite donc beaucoup moins de temps d’exposition. C’est un second bain de gallo-nitrate d’argent qui va venir terminer de révéler le négatif.

Après avoir été fixée avec du thiosulfate de sodium, la feuille est lavée avant d’être séchée. Une fois sec, le négatif est alors ciré afin de le rendre suffisamment transparent.

La création du positif

Une fois le négatif terminé, il ne reste plus qu’à l’utiliser en tant que tel. Dès lors, il est possible d’utiliser ce négatif autant de fois que nécessaire, c’est le premier procédé photographique reproductible.

Lors de son invention, Talbot utilise sa méthode du papier salé pour tirer ses photographie sur papier. Mais par la suite, elle sera remplacée par d’autres méthodes plus perfectionnées. Notamment le papier albuminé, un procédé utilisant l’albumine présent dans les œufs de poules, ou pour quelques rares autres photographes, le Cyanotype, un procédé donnant des photographies au bleu caractéristique.

Vue de l'Hôtel-Dieu à Paris par Charles Marville autour de 1852
Vue de l’Hôtel-Dieu à Paris, Charles Marville, ~1852
Calotype tiré sur papier albuminé

La lutte contre le daguerréotype

En 1841, Talbot dépose des brevets pour mettre en sécurité son invention. Face au daguerréotype laissé libre de droit par la France, il eu bien du mal à rallier des chercheurs à sa cause. Là où Daguerre permit à n’importe quelle personne qui le souhaitait de travailler à développer son procédé, Talbot peine à faire connaître son invention.

De plus, malgré ses atouts notables, le calotype a aussi un gros défaut. Utiliser du papier pour créer un négatif fait apparaître les fibres de ce dernier sur la photographie finale. Celle-ci est alors légèrement floue et laisse apparaître des lignes visibles sur la photographie produite. Face à un daguérréotype qui propose une image quasiment parfaite, le calotype n’arrivera jamais lui faire une réelle concurrence.

Couverture du livre The Pencil Of Nature
The Pencil of Nature, 1844
Henry Fox Talbot

Malgré tout, le calotype plaira à de nombreux artistes. A commencé par son inventeur. En 1844, il dévoile le premier livre photographique publié dans le commerce au monde : The Pencil of Nature. Ce livre, dont il existe aujourd’hui encore quarante exemplaires, met en avant ce qui est la plus grande qualité de cette méthode : sa reproductibilité. Cette qualité plaira à beaucoup d’autres grands artistes jusqu’au début des années 1850. De cette façon, on retrouve aujourd’hui encore, des calotypes produits par Charles Marville, Eugène Delacroix ou encore Charles Hugo, fils de Victor Hugo, grâce à qui on a de nombreux portraits.

Au final, un peu comme l’argentique de nos jours, le calotype était, en son temps, un produit de niche. Il plaisait surtout aux artistes, en leur permettant de dupliquer leurs œuvres pour les partager en plusieurs exemplaires. Il n’arrivera jamais à réellement concurrencer le daguerréotype. Malgré ses avancées techniques, le calotype n’eu pas le succès escompté à son époque. La différence de qualité d’image perceptible entre l’invention française et son homologue anglais, limita grandement sa propagation. C’est en bonne partie ce qui rend aujourd’hui ce procédé presque totalement oublié.

L’ancêtre de l’argentique

Malgré son échec commercial, Talbot, à travers ses recherches, a introduit le principe utilisée pendant prês d’un siècle et demi par la photographie argentique : le principe négatif-positif. En montrant qu’il était possible de créer un négatif pour de le transférer sur un autre support, il a ouvert la voie à de nombreuses autres inventions. Cyanotype, papier albuminé, collodion humide puis, plus tard, l’argentique, une grande partie des procédés photographiques utilisés jusqu’aux années 2000 se baseront sur ses travaux pour produire des images. Au final, même si, de son temps, le calotype n’a pas connu le succès escompté, il a grandement participé à ce que deviendra la photographie au cours des décennies suivantes.

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