Damien TROLARD

L'argentique c'est beau, mangez-en !

Le Cyanotype – La vie en bleu ! – 1842

Le Cyanotype – La vie en bleu ! – 1842

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Aujourd’hui nous restons en Angleterre. Nous sommes en 1842, Talbot vient de dévoiler ses recherches sur le Calotype l’année passée. Mais cette fois-ci, nous allons voir ce qu’il se passe du côté de John Frederick William Herschel. Vous vous souvenez ? C’est lui qui a aidé Talbot à fixer les images créées sur son papier salé en 1839. Astronome, physicien et chimiste, lui aussi s’intéresse aux éléments photosensibles.

Le Cyanotype est un peu à part dans les procédés photographiques. C’est en quelque sorte le vilain petit canards des procédés de l’époque. Il se différencie des autres principalement de part sa couleur. En effet, ce procédé produit un Bleu de Prusse, une couleur bleutée très profonde, rendant les images produites très reconnaissables.

Là où Niépce et Daguerre, pour le Daguerréotype, puis Talbot, pour son Calotype, s’appuient sur les propriétés de l’argent pour créer des images, Herschel prend une direction tout autre. Il effectue ses recherches en utilisant du fer. Il comprend que ce dernier a plusieurs états qui ont chacun leurs spécificités. Et, plus intéressant encore, que l’un d’entre eux peut être sensible à la lumière.

Une recette simple mais un principe complexe

Pour son Cyanotype, Hershel se base sur une recette d’un pigment bleu, synthétisé pour la première fois un siècle et demi plus tôt. Ce pigment, appelé bleu de Prusse, est principalement utilisé en peinture. Et même s’il est souvent décrié par les peintres car impossible à dissoudre, il en réadapte sa recette pour permettre une utilisation photographique.

La Grande Vague de Kanagawa
Hokusai, 1830 (ou 1831)
Estampe japonaise utilisant du bleu de Prusse

Si le Cyanotype utilise des éléments simples, sa réaction est néanmoins assez complexe. Hershel utilise, dans son procédé, du citrate d’ammonium ferrique et du ferricyanure de potassium. Lorsque ces deux éléments sont en bonnes proportions, ils réagissent ensemble et deviennent alors suffisamment photosensibles pour créer une image en une vingtaine de minutes.

En mélangeant ces deux éléments chimiques, Herschel obtient des sels ferriques (Fe3+). Et bien que l’effet ne soit pas vraiment visible à première vue, les sels ferriques (Fe3+) deviennent des sels ferreux (Fe2+) lorsqu’ils sont exposés aux UV.

Ces sels ferreux (Fe2+) réagissent alors avec le ferricyanure de potassium pour former du ferrocyanure de potassium. Celui-ci produit alors deux éléments : d’une part avec des sels ferriques (Fe3+) il produit un élément bleu et insoluble : c’est le Bleu de Prusse. Mais d’autre part, il réagit aussi avec d’autres sels ferreux (Fe2+) pour produire une couleur blanchâtre, qui, en s’oxydant avec l’oxygène présent dans l’air, va elle aussi devenir du Bleu de Prusse.

Ce pigment Bleu étant le seul élément insoluble de la réaction, un simple rinçage à l’eau suffit à éliminer les restes de produits présents sur le support. Ce rinçage fixe alors l’image en dissolvent tous les éléments sensibles à la lumière.

Le mal aimé des photographes

Le Cyanotype est un procédé négatif, il produit uniquement des images inversées. A l’époque, il se proposait comme une alternative au papier salé. Moins cher et moins toxique, c’est un procédé simple à mettre en place qui permet de créer des tirages à partir de calotype.

Carte postale en Cyanotype, 1910 

Malheureusement, il n’a pas vraiment été très apprécié du public lorsqu’il a été dévoilé. En effet, sa teinte bleue a été bien mal perçue à une époque où le réalisme est le principal mouvement artistique. Très peu d’artistes utiliseront le Cyanotype durant cette période.

Seul un vandale produirait un paysage en rouge, ou en Cyanotype

Traduction des propos de Peter Henry Emerson, 1889

Si le Cyanotype sera utilisé que par quelques rares photographes, il trouvera quand même ça place dans d’autres domaines, comme en botanique. Nombreux sont les botanistes qui s’en serviront pour créer des herbiers et ainsi répertorier les différentes plantes.

Mais il trouvera son véritable public dans un monde inattendu. Le Cyanotype est un procédé simple et facile à mettre en place. Il ne nécessite que deux produits, un peu de soleil, et de l’eau. De ce fait, il a énormément été utilisé dans un but bien éloigné de la photographie : la reproduction de documents.

Plan technique d’un bâtiment en Cyanotype, 1936

Le Cyanotype a le grand avantage d’extrêmement bien se conserver dans le temps. Le bleu de Prusse ne réagit quasiment pas à l’oxygène ce qui lui permet de subir les siècles sans perdre en éclat. Seule une atmosphère au pH basique peut détruire son bleu en la transformant en une teinte jaunâtre. Il est donc idéal pour archiver des documents.

Plans d’architecte, documents techniques, archives, très nombreux sont les documents ayant été reproduits avec cette méthode. C’est d’ailleurs grâce au Cyanotype si, aujourd’hui encore, en anglais, les plans techniques sont appelés des « blueprints », son bleu caractéristique lui donna son nom. Celui-ci continua d’exister jusqu’aux années 1940, où la Diazographie, un procédé plus rapide et moins coûteux, le remplaça petit à petit, le laissant peu à peu tomber dans l’oubli.

Le Cyanotype aujourd’hui

Entre curiosité et moyen artistique

Aujourd’hui le Cyanotype n’est plus vraiment utilisé du fait des progrès de l’imprimerie. Son intérêt pour reproduire facilement des documents a quasiment disparu. Seuls quelques artistes s’en servent encore pour son rendu unique et ses qualités de conservation.

Il est très facile à mettre en place. C’est un des rares procédés qui est peu risqué et qui peut être fait à la maison sans réelles connaissances en chimie. Avis donc aux petits curieux, vous pouvez reproduire cette expérience vous même en vous procurant les produits nécessaires ou en achetant un kit déjà prêt. Je vous mets même la recette à la fin de l’article !

Une amélioration tardive

Il est bon de savoir qu’il existe deux autres recettes du Cyanotype mises au point par Mike Ware dans les années 1990. Il est parvenu à améliorer le procédé en permettant, notamment, de contrôler le contraste des images produites et d’en diviser le temps d’exposition par un facteur 8. Ces deux recettes, disponibles sur internet, sont malgré tout nettement plus complexes que la version produite par Herschel. Ne vous lancez pas dedans sans savoir ce que vous faites.

Fabriquer des cyanotypes soi-même

Créer des Cyanotype soi-même est très facile. En utilisant la recette originale de Herschel, le procédé est même peu dangereux. On peut trouver les produits necessaires chez certains revendeurs spécialisés.

Mais des kits déjà prêt sont également trouvable en ligne ou dans les rayons créatifs de certains magasins. Vous pouvez donc parfaitement produire des cyanotype à la maison. Malgré tout, restez prudent, et soyez d’autant plus vigilent si vous faites cette expérience en présence d’enfants.

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