Damien TROLARD

Le blog photo argentique

La photographie argentique n’est pas végan ?

La photographie argentique n’est pas végan ?

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La photographie argentique revient en force depuis quelques années auprès de toutes les générations. Dans un monde où le bien-être animal et l’écologie sont de plus en plus mis en avant, la prise de conscience du grand public modifie les comportements dans tous les domaines. Flexitariens, végétariens et végétaliens se font de plus en plus nombreux et créent ensemble de nouvelles attentes en matière de consommation. Mais la photographie est-elle touchée par cette problématique ? L’argentique a-t-il sa place dans cette société demandeuse de plus de respect vis-à-vis des êtres vivants et de l’environnement ?

Une histoire de gélatine

La photographie argentique se base sur les recherches de Richard Leach Maddox, un physicien et photographe anglais, qui a inventé, en 1871, la photographie au « gélatino-bromure d’argent ». Cette invention a révolutionné la photographie en permettant son industrialisation à grande échelle et la réduction de ses coûts. Seulement, comme son nom l’indique, cette méthode utilise de la gélatine, un gélifiant d’origine animal, généralement produit à partir de la peau, ou des os, des porcs, et des bovins.

Plan de coupe d’une pellicule argentique
Source : apprendre-la-photo.fr

Pratique et peu cher l’utilisation de gélatine a été pendant très longtemps un énorme atout pour la photographie argentique. Mais aujourd’hui, cette gélatine est devenue une problématique pour toutes les personnes qui souhaitent proscrire l’utilisation de produits contenant des éléments d’origine animale.

Jamais mentionnée sur les produits comme si personne ne voulait l’avouer, cette information est rarement connue des amateurs de photographie. Mais la gélatine animale est en fait présente dans bon nombre de produits. Pellicules argentiques, films instantanés ou même papier photo, tous les consommables nécessitant la présence d’une couche de réactif en contiennent. De cette façon, aujourd’hui encore, une pellicule argentique contient entre 0.2 et 0.5g de gélatine.

Les gélifiants d’origine végétale

Selon les explications données par Ilford, l’un des leaders du marché des consommables argentiques, des tests ont déjà été effectués dans le but de remplacer la gélatine animale par d’autres gélifiants d’origine végétale, ou par des polymères synthétiques. Seulement, à l’heure actuelle, aucun d’entre eux ne permettrait d’avoir un résultat suffisamment probant pour permettre son utilisation à l’échelle industrielle.

D’après les informations fournies, la gélatine animale a des caractéristiques uniques. Elle permet non seulement d’emprisonner les cristaux sensibles à la lumière sur le support, mais elle réagit également avec ces cristaux, et participe activement à améliorer les qualités photosensibles des différents produits. En utilisant d’autres gélifiants, les pellicules seraient plus fragiles, moins sensibles à la lumière, et plus difficiles à conserver.

Bien que les fabricants de produits argentiques soient une goutte d’eau dans l’utilisation de produits d’origine animale, et que la gélatine soit issue des restes de l’industrie de la viande. Pour le moment, la photographie argentique et les appareils instantanés ne sont donc pas compatibles avec des attentes végan.

Faire de la photographie argentique végan ?

Finalement, la seule solution accessible pour le grand public serait certainement que les marques tentent de placer sur le marcher de nouveaux produits, potentiellement imparfaits, mais plus respectueux de ce qui nous entoure. Une photographie n’est qu’un point de vue sur le monde, proposer un produit avec la promesse d’obtenir un résultat incertain, un peu à la manière d’une pellicule périmée, pourrait créer des envies et des images jamais vues jusqu’alors.

Autrement, à l’heure actuelle, la seule manière de faire de la photographie argentique de manière végan est de revenir aux méthodes photographiques présentes avant l’arrivée de la gélatine. On parlera notamment du collodion humide, où le collodion y joue le rôle de liant.

Préparation d’une plaque au collodion humide
Source : Wikimedia

Mais cette méthode, encore utilisée par quelques passionnés, nécessite tout de même d’avoir un laboratoire à disposition pour préparer les supports photosensibles, et d’une chambre photographique pour les exposer. Adieu donc aux appareils compacts et facilement transportables.

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