Damien TROLARD

Le blog photo argentique

Les techniques de retouche photo argentiques

Les techniques de retouche photo argentiques

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Vous le savez, depuis que j’ai ouvert ce blog, j’aime bien parler de certains sujets qui fâchent. Il y a quelques temps on faisait une mise au point sur l’argentique et le véganisme, et bien aujourd’hui il est temps de parler d’un sujet tout aussi sensible pour le commun des mortels : la retouche des photographies. Préparez les abris anti-atomiques, il est temps de détruire le grand mythe selon lequel la retouche n’existe pas en photographie argentique. 🤯

“En argentique on ne retouchait pas les photos !”

Une photo argentique avec
des annotations de retouche

Très nombreux sont les non-initiés à penser qu’à l’époque de l’argentique tout était plus vrai en matière d’image. Qu’il était alors impossible de retoucher les photographies, autrement dit, qu’une fois la photo prise, tout était définitif. Et bien, désolé de vous décevoir, mais contrairement à cette croyance, il est tout à fait possible de retoucher une photo argentique, et c’est même un travail qui était très répandu en photographie comme au cinéma. Que ce soit pour améliorer une image, retoucher son contenu, ou même pour créer des effets spéciaux, nombreuses sont les photos argentiques à contenir des modifications.

Aujourd’hui beaucoup de modifications peuvent être effectuées plus ou moins facilement avec Photoshop, ou d’autres outils numériques. Mais en réalité, la plupart des outils de bases des logiciels de retouche sont tout droit venus des modifications qu’on faisait déjà en argentique. Et même si ces modifications nécessitent plus de technique et de temps que ce qu’on peut désormais faire sur un ordinateur, les retouches produites en argentique dans le passé restent encore la base de toutes les images qu’on peut voir sur papier comme sur nos écrans.

Les différentes techniques de retouche

Développement et tirage de lecture

En argentique la pellicule, avant d’être développée, peut être vu comme l’équivalent du RAW en numérique. Elle contient de nombreuses informations que nos yeux d’humain sont incapables de décrypter. On a besoin de rendre cette image visible, on vient donc la développer pour pouvoir l’observer.

Et ceux qui développent eux même leurs pellicules le savent, le développement a un grand pouvoir sur l’image finale. Suivant les produits et la durée de développement, on peut modifier le contraste, les couleurs, et même le grain de nos images. Et ce, alors même que les photos n’ont pas encore pu être observées.

Un agrandisseur argentique

Mais une fois l’image visible sur le négatif, il faut encore la transférer sur une feuille de papier argentique grâce à un agrandisseur. On produit ce qu’on appelle un tirage de lecture. C’est au tireur (ou à une machine si le processus est automatisé) de trouver les bons paramètres pour obtenir un résultat qui soit cohérent visuellement. A cette étape on peut alors corriger une bonne partie des erreurs d’exposition due au photographe, ou au développement, mais on peut aussi venir totalement modifier la luminosité, le contraste, ou même la température de couleur des images.

En bref, en argentique, toute photographie tirée sur une feuille de papier est une image qui a déjà subit des modifications. Comme il n’existe aucun moyen d’avoir des paramètres qui fonctionnent pour toutes les images, on a besoin de les choisir pour chaque tirage, c’est donc au tireur de faire un choix d’exposition, de contraste, et même de teinte.

Le maquillage

Mais, on peut aller bien plus loin. Le maquillage est la retouche la plus basique effectuée en argentique. Lorsqu’on tire des photos avec un agrandisseur, une fois le tirage de lecture réalisé, il arrive très souvent qu’on souhaite modifier des parties de nos images parce que l’exposition, le contraste, ou la couleur n’y est pas à notre goût. On va alors, à l’aide de différents outils, parfois même avec des morceaux de carton ou de vieux tirages, masquer des morceaux de nos photos pendant l’exposition sous l’agrandisseur afin de modifier l’image uniquement sur la partie qui nous intéresse.

Le maquillage est en fait l’ancêtre du masque sur Photoshop, il nous permet de modifier des parties de nos photographies. Et si vous pensez que ça s’arrêtait là, et non ! Tout comme sur les outils numériques, on peut aussi créer sur notre masque un contour progressif pour obtenir des dégradés de lumière. Il suffit simplement de modifier la hauteur à laquelle on place notre masque !

Le repiquage

Le repiquage de son côté est une retouche encore plus précise. Il consiste à venir ajouter un pigment sur l’image à l’aide d’un pinceau. C’est une méthode qui demande beaucoup de temps et de technique, on essaie donc de la limiter au maximum, mais elle permet de corriger toutes sortes d’éléments disgracieux sur une image, depuis les poussières ou les rayures présentes sur le négatif, jusqu’à un bouton mal venu sur la peau d’un modèle.

Pour cela on utilise du Gris Film, ou d’autres types de pigments. On va alors venir recréer la teinte souhaitée sur une plaque de verre avant de venir l’ajouter par petit point sur les éléments gênants de la photographie.

Néanmoins, sachez que c’est une technique vraiment très compliquée à maîtriser et qui demande énormément de pratique. Même des tireurs professionnels font appels à des personnes spécialisées tant cette technique est compliquée, et peut ruiner un tirage s’il est mal fait.

L’éclaircissement au ferricyanure

L’éclaircissement, aussi appelé l’affaiblissement, peut être vu comme l’inverse du repiquage. Si à la repique on ajoute du pigment, à l’éclaircissement, on vient alléger les pigments d’argent présents sur le papier. Ca sert notamment à pour récupérer du détail ou à mettre en valeur des éléments trop précis dans l’image pour être fait lors du maquillage. On l’utilise surtout pour faire ressortir des visages, ou le sujet de notre photographie, s’il n’est pas assez démarqué.

Pour cette technique on utilise un affaiblisseur argentique, qui contient du ferricyanure de potassium. Ce produit permet, lorsqu’il est en contact avec l’argent d’une photographie, d’inverser la réaction de révélation. Quand on vient l’appliquer avec un pinceau, les parties en contact avec le produit s’éclaircissent petit à petit. Il faut alors toujours avoir avec soit 2 éponges, l’une remplie d’eau pour rincer le produit et stopper l’éclaircissement, et une autre, remplie de fixateur, pour retirer les cristaux d’argent devenus transparents. Enfin, il ne reste plus qu’à fixer à nouveau l’ensemble de l’image et à la rincer et la retouche est terminée !

Malgré tout, encore une fois, la maîtrise de cette technique est très complexe, et demande énormément de pratique, ne vous attendez pas à réussir à faire des miracles dès vos premiers essais.

Et il en existe des dizaines

Si le maquillage, le repiquage, et l’éclaircissement sont les techniques principales, beaucoup d’autres existent. De nombreux artistes ont fait des expériences très étranges avec leurs négatifs et leurs tirages pour tenter d’obtenir des effets plus ou moins créatifs. Sachez donc que tout n’est pas présent dans cet article, et que l’expérimentation reste l’une des clés si vous recherchez un aspect nouveau dans vos photographies.

La “fausse” double exposition

Si la double exposition la plus connue consiste à prendre 2 photos sur la même partie de la pellicule pour superposer les images. Mais ici, on va venir tricher quelque peu. Cette “fausse” double exposition consiste à superposer deux négatifs différents dans l’agrandisseur. Ainsi, c’est uniquement lors du tirage qu’on construit notre image avec 2 photos distinctes.

La réticulation

Cette technique est en fait initialement une erreur de développement. Ca peut arriver à vos photos si le développement a été fait avec des produits qui ont des différences de températures trop importantes. Mais on peut aussi forcer cet effet à être bien plus marqué en rinçant sa pellicule dans une eau très chaude ou très froide. La gélatine se cristallise en produisant des marques sous formes de petites croix venant créer un grain très puissant.

Le grattage

Micheline de Moïa Jobin-Paré

Le grattage (ou scratching en anglais) est une technique qui consiste à venir gratter les photographies pour y créer des nouveaux éléments visuels. Après avoir tiré les photographies normalement, on vient gratter l’émultion présente sur le papier pour y créer de toute pièce de nouvelles formes, et ainsi y ajouter une part de dessin.

Je vous invite d’ailleurs à aller voir le travail de Moïa Jobin-Paré sur son site moiajp.net pour voir le résultat qu’elle réussit à obtenir.

Couper/Coller

On arrive ensuite dans une technique dite destructive, puisqu’elle nécessite de s’attaquer directement à la photographie sur la pellicule. Aucun retour en arrière n’est donc possible.

Avis aux aventuriers donc, il est parfaitement possible de découper ses négatifs pour les assembler. Evidemment c’est une méthode risquée, mais associée à la double exposition, on peut réussir à créer des effets spéciaux dans nos images, et le tout sans aucune technologie !

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  1. Bonjour
    Et oui j’ai bien connu cette époque, encore dans les années 82-85, chez BUBU, nous étions encore au stade de la retouche au ferricyanure ( oxydo-réduction avec l’argent ) pour la descente des points sur films CMYN ou en simili. Le compte-fil, le pinceau, l’éponge, fixateur et le jet d’eau ( pour stopper la réaction ) dans des bacs inclinés en pvc gris….Les vrais chromistes à l’époque.
    Fabien